jueves, 3 de febrero de 2011

Triunfo Arciniegas / La chaise qui perdit un pied


Vincent van Gogh
La silla de Vincent con pipa
Arles, diciembre 1888
Londres, National Gallery

Triunfo Arciniégas
LA CHAISE QUI PERDIT UN PIED
Traduction :
Marie-France Eslin

Cette chaise était différente parce qu’il lui manquait un pied. Au début il y avait six chaises, belles, brillantes, autour d’une table. Six belles chaises qui se racontaient des histoires.
     L’une d’elles raconta la cruelle histoire du nain qui, une nuit, raccourcit les pieds de sa chaise parce qu’il n’arrivait pas à s’asseoir. « Il aurait dû acheter un escabeau », répliquèrent les autres, alarmées, mortes de peur. Mais le nain aurait eu les pieds en l’air et cela ne lui plaisait guère. Une nuit donc il raccourcit le premier pied le cinq centimètres, puis ensuite les trois autres, mais le nain était vraiment très petit et il ne put monter dessus. Il souffla avec rage la sciure. Le jour suivant il raccourcit de dix centimètres chaque pied mais cela ne suffit pas non plus. Puis un autre jour encore dix centimètres et la chaise n’en pouvait plus de douleur. « Il aurait dû s’acheter une boîte d’allumettes pour s’asseoir », dirent les autres, scandalisées, et elles détestèrent à jamais les nains. « Il s’est acheté des échasses — dit la chaise qui racontait l’histoire — et il s’en fut parcourir le monde pour oublier ses malheurs. » Horrible, ce nain, qui de plus s’habillait en vert et mettait des chaussures rouges, quel assemblage horrible !
     Alors, la chaise, infatigable, leur parla du pays des géants qui dévoraient des oiseaux. Ils n’avaient pas de chaises parce qu’ils s’asseyaient sur d’énormes pierres au bord des fleuves où ils plongeaient leurs pieds pour les soulager de la poussière et la chaleur ; ils ne souffraient jamais de la faim car il y avait des oiseaux en abondance et il leur suffisait de tendre la main pour en attraper une douzaine. Ils n’en faisaient qu’une bouchée en recrachant d’un souffle les plumes et buvaient toute l’eau du fleuve. Ils mangeaient et buvaient en abondance, comme des géants. La chaise bavarde leur demanda si elles voulaient entendre l’histoire de la baleine qui faisait des petits ballons chaque fois qu’elle soupirait et toutes s’écrièrent que non ; ou mieux encore, l’histoire de l’âne qui crachait des pièces d’or, de jolies pièces, et volait aussi dans les airs, et les malheureuses chaises se récrièrent à nouveau presque en la suppliant.
     Puis elles parlèrent du menuisier qui les avait fabriquées à la perfection.
     Et c’est ainsi que détestant nains et géants, elles passaient leur vie.
     Elles ne furent pas toujours belles et éclatantes ; à l’usage elles s’écaillèrent, s’abîmèrent et commencèrent à branler. Alors qu’on les manipulait avec hâte et qu’on les empilait, l’une d’entre elles se cassa un pied. Comme il ne vint à l’idée de personne de l’envoyer chez le menuisier, on la mit dans un coin et on l’oublia.
     La pauvre, boiteuse et honteuse, n’arriva jamais à se traîner jusqu’au banquet perpétuel de la table.
     Sur son squelette les araignées s’empressèrent de tisser leurs toiles compliquées et au milieu des toiles une mouche s’empressa d’agoniser. Ce fut une fin terrible.
     Les cinq chaises qui restaient continuèrent leur vie de toujours, elles parlaient et parlaient de tout et de rien : du rayon de soleil qui les enveloppait le matin, du chiffon rouge de la femme qui les époussetait, du chat. Elles avaient complètement oublié la chaise boiteuse. Elles se croyaient belles encore et la beauté les rendait orgueilleuses, aveugles. Personne ne parlait de grincements, d’égratignures ni de pieds cassés.
     Un jour une voisine vint pour qu’on lui prêtât une chaise parce qu’elle avait un visiteur qui était debout. Le visiteur dut rester toujours car la voisine ne rendit jamais la chaise. Comme la chaise tardait à revenir, les quatre autres, selon la coutume, l’oublièrent. Comme si depuis toujours elles n’avaient été que quatre.
     Elles parlaient des très belles sandales de la demoiselle qui venait prendre le café à quatre heures avec la dame, des jambes potelées qu’elle étirait et repliait, de sa robe rouge, de leur conversation. Le monde devenait fascinant, la dame et la demoiselle donnaient envie de se précipiter dans la rue, au jardin public, au théâtre, partout. Elles paraissaient si heureuses, elles riaient de tout, et de ce fait les chaises aussi.
     Une nuit, un voleur pénétra dans la maison par une fenêtre restée ouverte, et ne trouvant rien de plus précieux sous la main, il emporta une chaise. « Je m’assiérai pour regarder le soir tomber », se dit-il en se faisant une raison. Naturellement cette chaise ne revint pas non plus.
     Les trois chaises parlaient, parlaient, parlaient. La vie était belle.
     Trois chaises autour d’une table. Pour les trois personnes de la maison ; l’homme, la femme el l’enfant.
     Le petit préférait la chaise éclaboussée de peinture par la femme quand elle avait décoré les pots de fleur. Il grimpait dessus avec difficulté et la chaise craignait, sans le dire à personne, que ne se reproduisît l’histoire du nain.
     Jusqu’au jour où arriva ce que les chaises n’avaient pas imaginé : celle qui branlait le plus se démantibula : la femme avait grossi. L’enfant de la maison voulut faire un petit chariot avec ses débris éparpillés. Il essaya toute la matinée et pour finir il n’y eut ni petit chariot ni chaise.
     Alors se présenta un problème : à chaque repas l’un des trois restait debout. L’homme faisait asseoir la femme sur ses genoux. Mais la femme était vraiment grosse, l’homme suffoquait et la chaise grinçait, ils eurent peur de perdre encore une chaise. L’homme alors montait l’enfant sur ses genoux et la femme utilisait l’autre chaise. Mais l’enfant remuant et espiègle renversait presque toujours sa soupe sur le pantalon de l’homme. C’était le drame : l’homme devenait furieux et criait comme un fou et la femme courait lui chercher un pantalon propre tandis que l’enfant sanglotait dans un coin. Cela ne pouvait durer. L’homme acheta une chaise verte ; il s’en fut au marché et revint avec la chaise sur la tête. C’était une chaise très moderne, en plastique, avec des vis, des pieds en métal bien écartés, qui ne s’entendit pas avec les autres.
     Elles n’étaient plus que deux de cette génération, assez plaintives, assez miteuses, qui regardaient d’un mauvais œil la nouvelle chaise. Deux vieilles chaises en cèdre qui médisaient de rage, vertes d’envie. « Quelle honte, disaient-elles, regardez ces grandes guibolles, cette couleur si vulgaire… » Elles ne furent jamais amies.
     L’une des vieilles chaises se sentit mal, très mal. Elle devenait pâle, de plus en plus pâle de jour en jour. Aucun médecin ne vint la soigner. L’autre approchait son oreille et entendait le bruit incessant de son squelette.
     Les vers, décréta-t-elle. Les vers sont en train de te manger, ma chère.
     La malade crut entendre une voix joyeuse.
     Pour qui se prend-elle, cette sotte ? pensa-t-elle, elle se croit éternelle.
     La pauvre chaise s’écroula.
     L’autre resta seule, parlant toute seule, se racontant souvent l’histoire de l’âne qui volait dans les airs. Elle devint folle dans la solitude. Elle ne supportait pas les chaises vertes, car maintenant elles étaient deux et elles parlaient, elles parlaient, heureuses et très bruyantes.
     Sa seule consolation était le chat, qui la préférait pour se chauffer au soleil. On la traînait dans le patio le matin pour que le chat paresseux puisse profiter du soleil, mais parfois on l’oubliait, au soleil et à la pluie, au vent, des nuits durant où la lune la terrifiait. Son squelette lui faisait mal et plus encore les éclats de rire humiliants des autres.
     Et ainsi jusqu’à son dernier jour.
     « Elle ne sert plus, dit l’homme, elle ne sert plus à rien. On va la donner à un mendiant. »
     Il en fut ainsi. Un mendiant passa et l’emporta en la tirant, laissant des traînées dans la poussière : la chaise put voir l’homme qui entrait dans la maison avec une autre chaise verte sur la tête.
     A la tombée du jour, avec les débris de la vieille chaise, le mendiant heureux fit une flambée qui le chauffa toute la nuit.

Olver Gilberto de León
Jorge Eliécer Pardo
Colombie: à choert ouvert
París, Editions François Majault, 1991. 

LA SILLA QUE PERDIÓ UNA PATA

Esta silla era distinta porque le faltaba una pata.
     Al principio eran seis sillas hermosas, brillantes, alrededor de una mesa. Seis hermosas sillas que se contaban historias.
     Una de ellas contó la cruel historia del enano que una noche recortó las patas de su silla porque no alcanzaba a sentarse. "Debió comprarse una escalera", replicaron las otras, alarmadas muertas de horror. Pero al enano le quedaban lo pies en el aire y eso no le gustaba. En una noche le recortó cinco centímetros a la primera pata, luego otros cinco a las tres restantes, pero el enano era muy enano y no alcanzó. Sopló con rabia el aserrín. Al día siguiente recortó diez centímetros a cada pata y tampoco alcanzó. Y otros diez centímetros al otro día y la silla ya no soportaba tanto dolor. "Para sentarse debió comprar una cajita de fósforos", dijeron las otras, escandalizadas, y detestaron para siempre a los enanos. "Se compró unos zancos -dijo la silla del cuento- y se fue a recorrer el mundo para olvidar su desgracia." Horrible aquel enano, que además se vestía de verde y usaba zapatos rojos, qué combinación, horrible.
     Entonces la silla, que nunca se cansaba, les habló del país de los gigantes que devoraban pájaros. No necesitaban sillas porque se sentaban en inmensas piedras a la orilla de los ríos, donde sumergían los pies desnudos para librarlos del polvo y el calor, ni pasaban hambre porque había pájaros en abundancia y tan solo les bastaba estirar la mano para atrapar una docena. Se los comían de un bocado, escupían las plumas de un soplo y se bebían el río. Comían y bebían en abundancia, como gigantes que eran.
     Las sillas detestaron a los gigantes.
     La silla parlanchina les preguntó si querían oír el cuento de la ballena que hacía globitos en cada suspiro y todas gritaron que no.
     O mejor, el cuento del burro que escupía monedas de oro y además volaba, unas monedas preciosas, y tampoco, otra vez gritaron las sufridas sillas, casi suplicaron.
     Hablaron entonces del carpintero que las hizo tan perfectas.
     Y así, detestando a enanos y gigantes, pasaban la vida.
     No siempre fueron hermosas y brillantes porque con el uso se descascararon y se desgastaron y empezaron a traquear. En un trasteo, con la prisa y el amontonamiento, a una de ellas se le quebró una pata.
     Como a nadie se le ocurrió enviarla al carpintero, la arrinconaron y la olvidaron.
     La pobre, coja y avergonzada, nunca consiguió arrastrarse hasta el perpetuo banquete de la mesa.
     En su esqueleto las arañas pronto tejieron sus complicadas telas y en las telas pronto agonizaba una mosca. Fue un final terrible.
     Las cinco sillas restantes siguieron su vida de siempre, hablaban y hablaban, de todo un poco. Del rayo de sol que las envolvía en las mañanas, del trapo rojo con que la mujer les retiraba el polvo, del gato. Se habían olvidado por completo de la silla coja. Aún se creían bellas y la belleza las hacía orgullosas, ciegas. Nadie hablaba de crujidos ni arañazos ni patas quebradas.
     Sucedió que la vecina vino a que le prestaran una silla porque tenía una visita de pie. La visita se quedó para siempre porque la vecina jamás regresó la silla.
     Como tardaba tanto, y de acuerdo a la costumbre, las cuatro sillas la olvidaron.
     Como si siempre hubieran sido cuatro.
     Hablaban de las bellísimas zapatillas de la señorita que venía a las cuatro a tomar el café con la señora.
     De las redondas piernas que estiraba y encogía. Del vestido rojo. De lo que ellas hablaban. El mundo se volvía tan fascinante, daban ganas de salir corriendo a la esquina, al parque, al teatro, a todas partes. La señora y la señorita se veían tan felices, se reían de todo, y así eran ellas también.
     Un ladrón entró una noche a la casa porque la ventana quedó abierta y, al no encontrar nada valioso a la mano, se llevó una silla. "Me sentaré a contemplar el atardecer", se dijo, conformándose. Desde luego que esta silla tampoco regresó.
     Las tres sillas hablaban, hablaban, hablaban. La vida era hermosa.
     Tres sillas alrededor de una mesa.
     Para las tres personas de la casa: el hombre, la mujer y el niño.
     El pequeño prefería la silla salpicada de pintura. Se trepaba con dificultad para alcanzar la jaula colgada del techo, y la silla temía sin decírselo a nadie que se repitiera la historia del enano.
     Hasta que sucedió lo que las sillas no imaginaban: se desbarató la que más traqueaba: la mujer había engordado. El niño quiso hacer un carro con sus desparramados huesos. Lo intentó toda la mañana y al final no hubo carro ni silla.
     Se presentó entonces un problema: de los tres uno se quedaba de pie a cada comida. El hombre sentaba a la mujer en sus piernas. Pero la mujer estaba realmente gorda, el hombre se sofocaba y la silla crujía. Entonces el hombre alzaba en sus piernas al niño y la mujer usaba la otra silla. Pero el niño, tan inquieto, tan travieso, casi siempre derramaba la sopa en el pantalón del hombre. Se armaba la tragedia: el hombre se ponía furioso y gritaba como un loco y la mujer corría a buscarle un pantalón limpio mientras el niño sollozaba en un rincón. Así no podían seguir las cosas. El hombre fue al mercado y regresó con una silla verde a la cabeza. Era de verdad muy moderna, de plástico y tornillos, con patas de metal muy abiertas, que no se entendió con las otras.
     Las otras, bastante quejumbrosas, bastante peladas, de otra generación, miraban con malos ojos a la nueva silla. Dos viejas sillas de cedro que chismoseaban a rabiar, verdes de envidia. "Qué vergüenza -se decían-. Mírale esas zancas tan largas, ese color tan escandaloso..." Jamás fueron amigas.
     Una de las viejas sillas se sintió mal, muy mal. Se le veía cada mañana más pálida. Ningún doctor vino a atenderla. La otra le acercaba la oreja y le oía el incesante ruido de los huesos.
     -El gorgojo -dictaminó-. Te están comiendo los gorgojos, querida.
     La enferma creyó oír un tono de regocijo.
     Qué se creerá esa tonta, pensó, se creerá eterna.
     Se desmoronó la pobre silla.
     La otra, salpicada de pintura, se quedó sola, contándose una y otra vez la historia del burro que volaba. Se volvió loca en la soledad. No soportaba las sillas verdes: porque ahora eran dos y hablaban y hablaban, felices las muy escandalosas.
     Su único consuelo era el gato, que la prefería para recibir el sol. La arrastraban al patio en las mañanas para que el perezoso gato tomara el sol, pero a veces la olvidaban, al sol y al agua, al sereno, largas noches en que la luna la horrorizaba. Le dolían los huesos y mucho más las humillantes carcajadas de las otras.
     Hasta que llegó su último día.
     -No sirve -dijo el hombre a la mujer-. Esta silla no sirve para nada. Se la damos al limosnero.
     Y así fue. Pasó un limosnero y se la llevó a rastras, dejando un caminito en el polvo: la silla alcanzó a ver al hombre que entraba a la casa con otra silla verde en la cabeza.
     Al oscurecer, con los huesos de la vieja silla el limosnero feliz hizo una fogata que lo abrigó toda la noche.


Triunfo Arciniegas
La silla que perdió una pata y otras historias
Bogotá, Panamericana Editorial

miércoles, 2 de febrero de 2011

Triunfo Arciniegas / Zeremonien

Fotografía de Cécilia Rodrigues

Triunfo Arciniegas
ZEREMONIEN
Übersetzung von Dieter Masuhr
Hören wie die Hennen Krähen

Ceremoniales

Nachts empfangen die Frauen das lauwarme Sperma ihrerbetrun-kenen Gatten, die dann bis zum Anbruch der Morgendámmerung schnarchen. Sie waschen mit Schlaf den Schweiss von den muden Brüsten, sie spülen sien nachlássig, mit Ekel. Sie spüren dunkel den Schmerz im Bauch, wenn sie auf Knien den Boden wischen, die Porzellanscherben aufsammeln, die schmutzigen Hemden, den Staub, der Elendskáfer nagt an ihnen geráuschlos. Sie vergeuden sich vor Langeweile oder beim Mittagsschlaf, die eintónigen Illus-trierten, der Sender mit dem Briefkasten für Sentimentales, die Nachrichten um sieben, die Lücke, die ihnen die Jahre übrig las-sen. Um elf denken sie an Messer. Schwerfállig schlágt jemand an die Tur.

CEREMONIALES

Las esposas reciben en la noche el tibio esperma de los maridos borrachos, luego ronquidos hasta la herida del alba. Se lavan con sueño el sudor de los senos fatigados, se hurgan con asco, con descuido. Les duele la oscura matriz mientras limpian el piso arrodilladas, mientras recogen la porcelana rota, las camisas sucias, el polvo, y el insecto de la desdicha las carcome sin ruido. En el tedio o la siesta se consumen, las revistas monótonas, la radio en el buzón sentimental, el noticiero de las siete, el hueco que dejan los años. A las once piensan en los cuchillos. En la puerta alguien con torpeza golpea.


Dieter Masuhr (traductor)
Peter Schultze-Kraft (compilador)
Hören wie die Hennen Krähen
Zúrich, 2003

martes, 1 de febrero de 2011

Triunfo Arciniegas / Wings


Triunfo Arciniegas
Wings, Two for One
Translated from Spanish by Steve Dolph

Alas a mitad de precio (Letralia)
Alas a mitad de precio

Truth is I finish the day tired. No wonder. Business is going from bad to worse. In decline, as they say. People don’t dispose of as much money as before, or as much faith. In these wicked times people aren’t interested in wings. Even at two for the price of one.
     For my grandfather, who passed down the business to us, it went amazingly, so they say. He had three houses and a horse. Times were different. He wore a big, florid, crumbcatching mustache and the boots of a war general, all captured in sepia by the photographs in the trunk. I never got to know him. With my father, though he dedicated himself to the drink, the business still flourished. He drank away the three houses and the horse. Mother abandoned us. Left us all alone. In the trunk, which I opened only after Father’s death, I didn’t find a single photograph of her. She was pretty and very cheerful. She liked musicians. Gossips say a bolero singer snatched her by the heart and dragged her down a bitter road.
     Now people laugh at the business. Who wants to fly around with some crappy wings when there are airplanes on hand? Comfortable, warm, efficient airplanes. Who could deny them? Some buy wings for Halloween or for costume parties during the holidays. Just two occasions all year. And the rest? As though the other months I didn’t eat.
     I’ve covered a ten-kilometer route through the city on foot. I don’t take the bus because it bothers the other passengers, what if all of a sudden I poke out their eyes, and the taxi’s expensive. Now I leave the house with only one pair of wings. If I manage to sell them the day’s a success and I don’t try for more. Today I couldn’t.
     I was about to. Just before noon, in La Castellana, which is a rich neighborhood, I saw a boy in the window of a white house. His air of helplessness attracted me. I started asking him questions. At first he didn’t even look at me. Then I made him laugh. He looked like he wanted to play with a beautiful pair of wings. Often I keep up tedious conversations, there’s lots of layabouts in the city who want to kill time with a guy who insists on selling wings, but the boy had a gift. He had grace. Only the wings were missing. He confessed his wish to jump from tree to tree, like the squirrels, to escape the monster who swallows the night by the mouthful. We were having fun when his mother came and scolded him for talking to strangers. I never even got to offer a price for the wings. I like to talk with customers. They should feel happy with their purchase. In the end, you don’t buy wings every day. I say I was about to but who knows. With women it’s just as unlikely. Either they ask for a discount or they assume their kids aren’t interested in wings.
     To rest my swollen feet I go into El Limonar and ask for a black coffee. I stretch my hand under the table, secretly loosen my laces and sense the bearable lightness of being. The owner serves me the coffee without a word. He’s probably tired of customers only asking for coffee. At the back table an old guy nods off in front of an empty cup. The owner doesn’t show any interest in the wings. He’s fat. So fat that without a doubt his pants could hold three wing salesmen. I forgot my book of poems. I could have edited a verse during this delicious hour. Maybe a new poem would have come to me, it’s been months since I had a visit from the Graces. At home less-than-poetic work is waiting for me. I have a room near the square in the oldest neighborhood in the city, refuge for poets and frauds, crazies who sell necklaces and art critics who praise the beatific and starve to death. And thieves. There’s a handful of scary thieves. When it gets late we pass each other. “Don’t mess with that guy,” says one, “He sells wings.” And they leave me be. As they say, I’m more screwed than the thieves themselves. Rough work. Or what if suddenly they need a pair of wings. How else will they get to Heaven? My window faces the square, where a tree shelters the birds. A window to air out the soul. Whoever climbs the tree can see the cemetery. You quickly get used to the nearness of the dead who, among other things, don’t cause any trouble at all. They don’t rob. I should brush the wings when I get home, dust them. People touch but they don’t buy. Fondlers. Sometimes I have to clean them, with infinite care, with lady fingers. They can’t look secondhand or the business won’t profit. I dream of wing paste, of women doused with honey rolling around in feather beds, of bloodstained wings. I stretch my hand under the table and scratch with gusto.
     When I make a sale I go to the cinema. The movie doesn’t matter. If I’ve seen them ten times I like them the same. What matters is that in the warm darkness of the theater I can take my shoes off. A while back I met my girlfriend at the Teatro Almirante Padilla. Carmencita Garay, native of San Juan de Río Seco, really pretty, with thin legs, and she loved gum. She thought she was the reason I went to see Gone With the Wind so much. Women are that delusional. I think it’s a record: she’d seen the movie thirty seven times in ten years. Our love affair didn’t last long. She fell for a bookseller. The other day I saw them eating popsicles in the Parque de los Cerezos. Totally pregnant, dressed in pink and blue, she said so long with a wave. I saw the bookseller ask her who that guy was. I saw laughter fly from her mouth and a piece of popsicle after. Oh, Carmencita Garay, gone with the wind. My beloved, what a sweet word.
     I still think about her. If I’d shown her my book of poems she might have married me. I have a picture of her in my wallet. She gave it to me when I proposed. She didn't answer. Only blew a lock from her forehead. Saying good-bye, with one foot in the bus, she gave me the picture. Afterward she met the bookseller and they got married in a hurry.
     I’m not in a rush but the subject of marriage worries me. If I don’t get married I won’t have kids. And if I don’t have kids, I won’t know who to pass the trunk down to or the wing business. It’s not a trunk with many treasures: only photos, an antique camera, tops, a revolver that no longer works, a woman’s ring. Veils and shrouds fall from the clouds, they say, and it’s true because unless she falls from the sky I don’t know how another woman could love me. I’m a tired man. No one’s going to marry an old pilgrim. I’m all suffering. Life has passed me by, selling wings and writing a book. My voice has changed in the past few years.
     I’m still thinking about Carmencita Garay when a miracle happens. A girl showered in tears enters El Limonar, sits down at the next table and lets people look. The owner approaches to take her order. Maybe the woman will choose a dessert and a delicious cappuccino. I’d like to see her with a milk mustache. But I don’t think that with those tears she’ll choose something so cheerful.
     —A glass of water, please.
     I thought so. The owner makes a gesture of disillusion, of disgust. Why open a business for this. Water and coffee, the clients don’t ask for more. Tears don't interest the owner.
     The woman drinks the water slowly. It comes out her eyes in a hurry. Hypnotized, I approach, study the shape of her neck and offer the wings.
     —Fly away, I tell her.
     She stands, puts on the wings and takes off. At the door she turns to look at me and I guess blows me a kiss with the tips of her fingers. The owner runs after. I get up. The woman forgot to pay for the glass of water. I count my coins again and again: only enough to cancel the coffee. I go as far as the door. The girl has disappeared into the seven o’clock sky.
     —Just what I needed, says the owner. —Customers flying off.

Translation of "Alas a mitad de precio." Copyright Triunfo Arciniegas. By arrangement with the author. Translation copyright 2008 Steve Dolph. All rights reserved.

http://www.wordswithoutborders.org/?lab=ArciniegasWings

Alas a mitad de precio
Alas a mitad de precio (Letralia)

lunes, 31 de enero de 2011

Triunfo Arciniegas / Lejanía


Francis Bacon, Tres estudios para un autorretrato, 1973

Triunfo Arciniegas
DISTANCE 

Translated from Spanish by Steve Dolph

In a molding room
The old man
Lays out the deck
And through the smoke
Points to your figure
Next to a man
Who is not me

 
Triunfo Arciniegas
LEJANÍA
En un cuarto apestoso
El viejo esparce la baraja
Y a través del humo
Me señala tu imagen
Junto a un hombre
Que no soy yo

 
Steve Dolph edits Calque. He is currently translating a short story collection by Arciniegas, The Unicorn Garden and Other Places for Lonely Men.

http://calquezine.blogspot.com/2007/09/triunfo-arciniegas-distance.html



domingo, 30 de enero de 2011

Cuatro relatos / Triunfo Arciniegas en alemán

Triunfo Arciniegas
CUATRO RELATOS
Traducción de Peter Schultze-Kraft
Und träumten vom Leben: Erzählungen aus Kolumbien


LA MUJER DEL COMECLAVOS

La mujer del comeclavos no se lamenta del oficio de su marido, al fin y al cabo de algo tienen que vivir, sino de su insistencia en penetrar cada noche sus heridas. Durante el amor, los clavos tragados asoman por toda la piel del hombre y se acomodan en los orificios antiguos y recientes del cuerpo de la mujer, que debe recibirlos entre gemidos, y entregárselos temprano, con un beso, cuando el hombre sale al trabajo.

DIE FRAU DES EISENSCHLUKERS

Die Frau des Eisenschluckers beklagt sich nicht über den Beruf ihres Mannes, von etwas müssen sie schliesslich leben, sondern darüber, dass er es nicht lassen kann, jede Nacht ihre Wunden auf-zukratzen. Wáhrend der Liebe kommen die geschluckten Nágel überall aus der Haut des Mannes heraus und bohren sich in die alten und jüngsten Ritzen im Kbrper der Frau, die sie unter Stohnen empfangen und ihm am Morgen, wenn er zur Arbeit geht, mit einem Kuss zurückgeben muss.

La Negra, 2011
Ilustración de Triunfo Arciniegas sobre foto ajena

EN TINTA VERDE

El hombre terminó de escribir la tarjeta y sonrió ante la belleza y la precisión de las frases. Imaginó que la mujer sería muy feliz leyéndola. Saldría del baño con la toalla en la cabeza, descalza, sonaría el timbre y sin prisa se colgaría la bata para abrir la puerta: nunca tiene prisa, es bella. Sin duda reconocería a primera vista los garabatos y la tinta verde, pero postergaría la lectura con el propósito del goce perfecto. O no, se quitaría la bata y así, desnuda como es ella, bebiéndose el café, leería la tarjeta una y otra vez, se reiría, sería muy feliz. Entonces, sin perder la sonrisa, el hombre destrozó la tarjeta y acercó un fósforo a uno de los pedacitos, que se encendió como el rostro de una muchacha avergonzada, para terminar encendiendo el pedacito contiguo, y todos se hicieron ceniza. Vio con toda precisión a la mujer metiéndose en la bata, triste, llorando la tarjeta sin leer, el timbre sin sonar, el café sin tomar.

MIT GRÜNER TINTE

Der Mann schrieb die Postkarte zu Ende und láchelte. Die Sátze waren schón und treffend. Er stellte sich vor, wie glücklich die Frau beim Lesen sein werde. Sie würde barfuss aus dem Bad kornmen, ein Handtuch um den Kopf geschlungen, es würde klingeln, und sie würde ohne Eile ihren Morgenmantel umhá’ngen und zur Ture gehn: niemals hat sie es eilig, sie ist schíin. Zweifellos würde sie auf den ersten Blick die Handschrift und die gruñe Tinte erkennen, mit dem Lesen aber noch warten, um sich einen vollkommenen Ge-nuss aufzusparen. Oder nein, sie würde den Morgenrock wieder ausziehen und würde so, nackt wie sie war, einen Kaffee in der Hand, die Karte ein um das andere Mal lesen, würde lachen und sehr glücklich sein. Dann zerriss der Mann die Karte, ohne sein Lácheln abzulegen, und hielt ein brennendes Streichholz an einen der Schnipsel, bis er aufflammte wie das Gesicht eines verschám-ten Madchens und den ná’chsten in Brand setzte, alie wurden zu Asche. Vor sich sah er die Frau, wie sie traurig den Morgenmantel überwarf, weinend über die nicht gelesene Karte, die nicht klin-gelnde Klingel, den nicht getrunkenen Kaffee.



POÉTICA

Los hombres, en cuatro patas, ladraban a la luna mientras los perros le escribían poemas. Sobra agregar que ni los perros entendían los ladridos ni los hombres los poemas. Batían la cola ante el papel que el amo les sacudía como un trozo de carne, corrían alrededor y acezaban, ladraban. Amarrados a un árbol, veían en la ventana el perfil inclinado del perro que escribía.

DICHTKUNST

Die Menschen, auf vier Beinen, beilten den Mond an, wáhrend die Hunde Gedichte auf ihn schrieben. Man muss nicht hinzufügen, dass die Hunde das Bellen nicht verstanden und die Menschen nicht die Gedichte. Sie wedelten mit dem Schwanz vor dem Papier, das ihr Herr wie ein Stück Fleisch vor ihnen hin und her schwenk-te, rannten hierhin und dahin und keuchten, bellten. An einen Baum gebunden saben sie im Fenster das abgewinkelte Profil des Hundes beim Schreiben.


Vaca derribada
La Lejía, 6 de marzo de 2004
Fotografía de Triunfo Arciniegas

LA VACA SUBVERSIVA

El avión presidencial, con todo el gabinete ministerial en su barriga, se estrelló contra una vaca de colores. Nadie se explica qué hacía la vaca a tales alturas.

DIE SUBVERSIVE KUH

Das Flugzeug des Prásidenten, mit dem ganzen Kabinett an Bord, zerschellte an einer gescheckten Kuh. Niemand kann sich cridaren, was die Kuh in dieser Hóhe zu suchen hatte.



Peter Schultze-Kraft
Und träumten vom Leben: Erzählungen aus Kolumbien
Zúrich, 2001



sábado, 29 de enero de 2011

Triunfo Arciniegas / Exploradores

Gabriel Orozco, Blak kites, 1997

Triunfo Arciniegas
EXPLORADORES

No les va mal pero jamás regresan. La tribu los recibe con todos los honores.

Triunfo Arciniegas
Noticias de la niebla

viernes, 28 de enero de 2011

Vida salvaje

Los zapatos de Alejandra
Fotografía de Triunfo Arciniegas

Triunfo Arcinegas
VIDA SALVAJE

La niña atrapó al insecto de un zarpazo y lo devoró en un santiamén.


Triunfo Arciniegas
Noticias de la niebla
Ediciones Gato Negro





jueves, 27 de enero de 2011

Sirena


Fotografía de Zena Holloway
 Triunfo Arciniegas
SIRENA


  1

Por Facebook me pide fotos desnuda, y sólo he podido enviarle algunas de la cintura para arriba.

  2

Le fascinan las fotos de mis pechos. ¿Qué dirá del resto de mi cuerpo?

 3

Me duele que, cuando le enseño mis encantos a través de la cámara del Messenger, se le escurra la baba imaginando la belleza de mis piernas.

Triunfo Arciniegas
Noticias de la niebla
Ediciones Gato Negro

miércoles, 26 de enero de 2011

El país de las bellas durmientes

Manuel Álvarez Bravo_La buena fama durmiendo
Triunfo Arciniegas
EL PAÍS

DE LAS BELLAS DURMIENTES

Salí a recorrer el mundo porque mi novia quería un unicornio. Leía libros raros y se le había metido la idea entre oreja y oreja. Por culpa de un libro la conocí, en el Parque de las Gardenias, a la sombra de un matarratón, en Málaga. La curiosidad me llevó a preguntarle qué leía. Ya no recuerdo el título ni el autor. Todavía no era mi novia cuando empezó a contarme la trama, con tantos detalles que nos sorprendió la lluvia y la invité a un café en La Gata Parda. Mientras hablaba se hizo de noche. Pasó la lluvia después de seis tazas de café y tres visitas al baño, dos suyas y una mía. Rosario se quedó mirándome a los ojos y dijo: “Te conozco de alguna parte”. Quiso que la acompañara a su casa. Por el camino me acordé de la billetera y la dejé hablando sola en una esquina. Encontré la billetera en la mesa de la cafetería y volví corriendo. Supuse que no me había demorado porque Rosario seguía en la esquina hablando del mismo libro. Debí huir pero el hilo de las palabras me arrastró hasta su casa. Me presentó a la madre, una anciana medio sorda, comimos y vimos la telenovela de las nueve, y Rosario, que casi era mi novia, todavía hablaba del libro. Me pareció que estaba bien que leyera pero no tenía necesidad de memorizarse todas las páginas. No pude concentrarme en el noticiero ni muchos menos en el programa de concursos. La película de medianoche comenzó y se acabó y Rosario todavía hablaba. Al parecer, le quedaba saliva para mucho tiempo.
     Un día cambió de tema y me contó que leía sobre unicornios. Se le metió la idea bien adentro. Me pidió que le consiguiera un unicornio como prueba de amor y me dio un beso. Ya era mi novia entonces.
     –Arciniegas, aquí no vuelvas sin el unicornio –precisó.
     No sabía por dónde empezar. Nadie daba razón de los unicornios. De cada país le escribía a Rosario y ella respondía: "Querido mío, sigue buscando". Buscaba cada vez más lejos y me confundía con tantos países. Al despertar, abría la ventana y preguntaba al primero que veía en qué país estábamos. Me miraban como si estuviera loco.
     –¿Han visto un unicornio por aquí?
     –No en estos días –decían sin detenerse.
    Seguí buscando porque amaba a Rosario y necesitaba demostrarle que era capaz de cualquier cosa, hasta de encontrar un unicornio.
     Pasaron tres años y más de treinta países.
    "Querido mío, ya casi no me acuerdo de ti, pero sigue buscando", me escribía mi lejana novia.
    A los siete años me di por vencido. "El unicornio no existe", le escribí a mi novia. "Tú tampoco existes", me respondió. "Voy a casarme."
    Le di la razón: la había abandonado. Alguien me envió el recorte del periódico. Se veía bonita mi novia, toda vestida de blanco, bonita y feliz, gordita, y me alegré de que ya no estuviera sola.
   Ya no buscaba al unicornio. Caminaba por caminar. Conocía países por conocerlos. Consideré que podía desempeñarme muy bien como profesor de geografía, pero el impulso me impidió establecerme. En el mapa, sobre cada país conocido, marcaba con lápiz una x. Me atraían las ciudades a la orilla del mar. Aprendí a construir unicornios de arena y me llovieron las monedas.
    Así llegué al país de las bellas durmientes. Se decía que en cada casa maduraba una bella durmiente. Dormían toda la vida y el sueño las volvía hermosas, hasta que alguien las despertaba con un beso. Entonces se dedicaban a cocinar entre bostezos, criaban dos o tres niños y se volvían feas.
    A la entrada del país un guardia me preguntó cuánto tiempo pensaba quedarme:
    –No lo sé, dos o tres meses.
    –Me parece bien. ¿Negocios o placer?
   –Placer –dije, y agregué una mentira–: Estoy buscando un unicornio.
    –Me parece bien –dijo el guardia, y se quedó dormido.
    Retiré el pasaporte de su escritorio y entré al país con el pie derecho, algo cansado de viajar. Casi no encuentro hospedaje: todos dormían. Todos los hoteles repletos. Todos los escaños de todos los parques, todas las sillas de todos los teatros, todas las sombras de los árboles. No se oían ni los pájaros. Dormían, tibios, en sus amorosos nidos. Los escasos transeúntes se movían en puntillas para no despertar a los vecinos. En las calles del centro había camas sencillas para durmientes de paso, "dormideros", pero rara vez se encontraba una libre.
    Tres días después, muerto de sueño, encontré un cuarto en El Sueño Feliz.
    –Eres afortunado –dijo la dueña, una gorda sonrosada, de cabellos rubios y ojos azules–. Esta mañana quedó libre el 303. El señor Facundo dejó de dormir.
    Viendo mi asombro, la señora explicó:
    –Murió.
    El cuarto del difunto me pareció bien para dos o tres meses, mientras conocía el país. Usaría los objetos y la ropa del difunto, todo de mi talla y gusto, por suerte. Dormí con dedicación, sin quitarme la ropa ni los zapatos. Al despertar, llamé al restaurante del hotel y pedí un café. No había café. Y agregaron, como si se tratara de una droga prohibida:
    –Nos quita el sueño.
    Encendí la televisión. Sólo películas espantosas que daban ganas de dormir, concursos aburridos donde todos los participantes bostezaban, propagandas lentas y tediosas. Apagué antes de quedarme dormido. Quería conocer el país en vez de dormir.
    Salí a caminar y, aunque ya no lo buscaba, pregunté por el unicornio. No se me ocurrió otra cosa.
    –Vete a dormir –me dijeron en todas partes.
    Nadie me dio razón del unicornio en aquel país donde todo parecía diseñado para el sueño. Almacenes de colchones y almohadas, sábanas y cobijas, en todas las calles. Hasta el sol lo volvía a uno soñoliento, hasta las iglesias, grandes y cómodas, hasta los movimientos de la gente, lentos y suaves, hasta su manera de hablar.
    En el país de las bellas durmientes no se decía adiós sino Dios quiera que duermas bien. Dime con quién duermes y te diré quién eres encabezaba la lista de los libros más vendidos, muy breve por cierto. Los libros gordos no se vendían por motivos de sueño. En los jardines públicos cultivaban bellasdurmientes, unas plantas muy pequeñas que, al más leve contacto, cerraban sus hojas como abanicos. Los piquetes de los mosquitos provocaban sueño. El insomnio se curaba introduciendo al enfermo en cámaras repletas de esta clase de insectos. En el mercado se podía comprar aceite de mosquito para adormecer el dolor. Entre más se dormía más reputación se conseguía. Los desvelados eran la peor clase social.
     Bellas mujeres recorrían las calles con los ojos cerrados. Nadie se atrevía a tocarlas. Ni siquiera el viento las despeinaba.
    Pregunté por la más famosa de las bellas durmientes y me señalaron el palacio real.
    –No podrás verla –dijeron–. La princesa Isabel está durmiendo.
    –Debes esperar hasta el domingo y sólo podrás verla si te ganas la rifa –dijeron.
    –Si la ves, podrás contárselo a tus nietos –dijeron.
    –Habrá algo interesante que decir de ti –dijeron.
   La playa era un solo ronquido. Encontré un rinconcito para amontonar la arena y ensayé un unicornio dormido. Las monedas llovieron.
    El domingo fui al palacio. Pagué la entrada y me dieron un número. Hice la fila, esperé tres horas y se me durmieron las piernas. Pasamos a un inmenso salón rojo. "Ya saben las reglas", dijo un hombre vestido de negro, micrófono en mano. Pregunté por las reglas a mi vecino de asiento y se durmió antes de terminar de explicármelas. El hombre de negro hizo algunos trucos: extrajo un conejo del sombrero, un pañuelo kilométrico de su boca, huevos de los bolsillos de un colaborador espontáneo. Aleteó, levitó, se arrancó las orejas. Luego, antes de que nos durmiéramos todos, apareció una canasta. La giraron, revolvieron los papeles en su interior y sacaron uno.
    –3034 –dijo el hombre de negro.
   Nadie apareció. Seguro que el afortunado dormía. Giraron, revolvieron y sacaron otro papel.
    –4357 –dijo otra vez el hombre de negro.
    Nada. Otro dormido. Otra vez a girar, revolver y sacar.
    –3333 –dijo el hombre de negro.
   Era mi número. Seguro que hubieran seguido sacando números toda la tarde, hasta encontrar el mío, porque era uno de los pocos despiertos. Salté al escenario. Dos o tres pelagatos aplaudieron.
    –¿Quieres ver a la bella durmiente? –dijo el hombre de negro.
    Tuve ganas de responderle que prefería a la Mujer Araña, pero me contuve. El buen humor no era para soñolientos.
    –Sí –dije con toda educación y fingí la sorpresa–. Quiero verla.
    –Te está esperando –dijo el hombre de negro.
    Me condujeron por un corredor limpio, muy iluminado, hasta un cuarto inmenso. En el centro del cuarto había un bosque, y en el centro del bosque, una cama. La princesa Isabel acababa de desayunar y aún estaba despierta.
   Me preguntó el nombre pero sólo retuvo el apellido. Quiso saber sobre el origen de mi familia.
   –De Monteadentro, majestad –dije.
   –¿Dónde queda eso?
   –Muy lejos, majestad.
   Conversamos de cosas sin importancia mientras le lavaban el rostro con agua de rosas y le cepillaban los cabellos.
   Todavía conversábamos cuando apareció el rey, bostezando, en piyama y con la corona puesta. La princesa nos presentó y aproveché para preguntarle con todo respeto si le quedaba un instante para gobernar, pues en su altísima posición de rey debería dormir todo el tiempo.
   –Es muy fácil, Arciniegas –explicó el rey, y bostezó–. Dormimos tanto que gastamos menos ropa, menos comida, menos de todo, y tenemos muchos menos problemas. Así es muy fácil gobernar. Nuestra reunión mensual de ministros es como en todos los países: la mitad viene al palacio y se duerme, y la otra mitad se queda en casa. Somos una familia feliz. Todo lo que una familia necesita es un buen colchón. ¿Usted duerme bien?
    –Demasiado.
   –Felicitaciones, Arciniegas –dijo el rey–. Pero usted no es de los nuestros.
    Le dije de dónde venía y se asombró. Nunca había oído de mi país. Era tan pequeño e insignificante.
    –¿Qué busca entre nosotros? La policía no me ha dicho nada.
   Por bruto, no le dije que soñaba conocer a la princesa Isabel sino que estaba buscando al unicornio.
    –Se vería lindo en mi jardín –suspiró la princesa.
   –Muy bien –dijo el rey, retirándose–. Avísame cuando lo encuentres.
    Creo que lo dijo por cortesía. Me pidió que la besara. Disimulé el temblor con una frase cualquiera. Me acerqué a besarla en la frente, por cortesía, y se durmió.
    Luego me explicaron que hubiera podido besarla donde quisiera, pero era tarde. No volví al palacio porque nadie se había ganado dos veces la rifa.
   –A uno que quiso dárselas de vivo, le cortaron la cabeza –dijeron.
   Entonces seguí buscando. No tenía más nada que hacer. El destino de profesor de geografía me pareció deprimente y, por otra parte, el camino de regreso a Málaga se me borró como por arte de magia. Aún sigo buscando al unicornio. La princesa Isabel, que ahora es la reina, la mujer de uno que se atrevió a besarla en la boca, con muchos hijos y algunos nietos, de vez en cuando me envía una postal, como respuesta a una de mis largas y minuciosas cartas, una por país. "Querido mío", me escribe, "sigue buscando".


Triunfo Arciniegas
Caperucita Roja y otras historias perversas

martes, 25 de enero de 2011

Una muchacha de cabellos verdes


Triunfo Arciniegas
UNA MUCHACHA DE CABELLOS VERDES

Llamaba la atención y no parecía importarle. Como si hubiese nacido con esos cabellos verdes, cortos y lacios, de frágil paje, y no le importara la opinión ajena. No tenía la culpa: nosotros éramos distintos, los raros. Sólo después supe su nombre, Juliana Monterrey, y su procedencia, Santafé de Bogotá. Acababa de llegar donde los Ávila.
    -Árbol altivo –dijo el gordo Medina, el poeta, pero no entendí la frase sin consultar el diccionario.
    Era bellísima.
    Más alta que yo y sin duda mayor.
    -Se quedó mirándote –dijo el gordo Medina-. ¿La conoces?
    La volví a ver en el velorio de la tía Celina. Yo estaba repartiendo chocolate y galletas a todo el que llegaba cuando entró con los primos. Casi derramo las tazas en las piernas de don Augusto Montes, que en ese momento hablaba de la cría de cerdos con María Peralta. Volví a la cocina muerto de la pena y todavía estaría allí si mamá no me hubiese obligado a salir.

     La gente rezaba un rato en la sala, donde estaba la difunta, y se quedaba casi toda la noche en el patio, bajo el manto de las estrellas. No venían a despedir a la tía Celina sino a beber y conversar. Que Dios me perdone estos pensamientos. Mi tía no tuvo amigos. Nunca le conocimos un novio. La reunión parecía una pequeña y discreta fiesta. Algunos reían. Se dice que no hay mejor chiste que un chiste de velorio y es verdad. Presidente batía la cola.
     Les ofrecí chocolate a Juliana y sus acompañantes. Me quedé por ahí hasta que me llamó para devolverme la taza.
     -Eres José Antonio Cáceres.
     Dije que sí.
     Ella prefirió asegurarse:
     -¿El hermano de Michael?
     No dije nada.
     -Qué barbaridad, cómo se parecen.
     Nos parecíamos, pero Miguel era campeón de billar, más alto, atrevido y mujeriego.
     -Avísame cuando llegue.
    Fui a la cocina con unas urgentes ganas de llorar.
    Presidente me lamió la cara.
    -Querías mucho a la tía Celina –dijo mamá.
    -Era mi adoración –dije, y lloré con ganas.
    Mamá repartió aguardiente toda la noche. Ordenó que prepararan más chocolate. Hice de tripas corazón y repartí tazas hasta que me dolieron las piernas. Miguel llegó después de medianoche y nos dio una mano. Juliana ya se había marchado con los primos.
    -Esa muchacha te va a arrastrar por la calle de la amargura –dijo el gordo Medina.
    Volví a verla en el cementerio. La vi despedirse de Miguel con besito en la mejilla. No me reconoció.
    No la vi en tres días.
    Miguel no la mencionó una sola vez.
    La vi en bicicleta, desde el otro lado de la calle, y envidié el viento que jugueteaba con la hierba de sus cabellos. Presidente ladró y Juliana nos hizo adiós con la mano.
    Escribí más de quinientas veces su altivo nombre en un cuaderno: Juliana Monterrey. Imaginé que era el Secretario Mayor de su reino, su hombre de confianza, el consejero.
    Nos cruzamos en el parque. Apareció de pronto, de la nada, y me entregó una carta.
    -Para Michael –precisó.
    Quise volverla pedacitos. Luego me vi confesándole la verdad. “Eres un canalla”, imaginé que me decía. Le entregué la carta a Miguel y luego consulté en el diccionario el significado de canalla.
    -Ah, las mujeres –dijo Miguel-. A veces son tan locas.
    Le pregunté por Juliana dos o tres días después.
    -Me espera esta noche en el cementerio.
    -¿Vas a ir?
    -Qué remedio -dijo Miguel-. Es luna llena.
    Me recordó que debía tapar el sábado. Como el portero titular de Los Grillos se había lesionado la rodilla, no tenían otro remedio que acudir a mí. No era bueno para patear una pelota, debía conformarme con atajar los goles.
    En el estadio, prefería atrapar avispas al vuelo. Las atontaba de un golpe, les arrancaba el aguijón protegiéndome con un pañuelo y les ataba un hilo para hacerlas volar como cometas a mi alrededor.
    No lo hice muy bien el sábado: Los Pericos me marcaron tres goles. Juliana gritó como una loca: “Michael, Michael”. Perdimos, por supuesto. Juliana le arrojó besos a mi adorado hermano todo el tiempo. Marcador final: tres, dos. Miguel, de todos modos, salió victorioso: hizo los dos goles nuestros y Juliana se derritió en sus brazos. Lo miramos con furia asesina. Era el único de Los Grillos que festejaba y recibía semejante tanda de besos. Nos invitó a beber limonada. Preferí volver a casa.
    A Miguel sólo podía vencerlo en el campo de ajedrez, aunque inventaba miles de excusas para suspender la partida cuando se veía perdido. No creo que Juliana tuviese la paciencia de sentarse a vernos pensar. Además, el famoso Michael y yo sólo jugábamos en casa y no en un estadio, en medio de gritos y besos.
    Encontré a mamá alistando la maleta. Me pidió que la acompañara a Sacramento porque necesitaba vender la vieja casa de la tía Celina. Dejamos solo a Miguel por casi una interminable semana. No le pregunté por Juliana al regresar, pero encontré cabellos verdes en su almohada. Tuve ganas de comerme las hojas donde había escrito su nombre. Soñé que era un caballo con cuello de jirafa y me comía con ansia las hojas de los árboles. Lloré hasta dormido. La almohada amaneció mojada.
    -Ah, las mujeres –dijo Miguel-. A veces son tan aburridas.
    Esa noche lo vi con Cristina Iglesias, una vulgar pelinegra que se reía por todo. También vi a Juliana. Parecía feliz con otro amigo. “Tu hermano es una porquería”, dijo al pasar a mi lado. Dos días después me sorprendió con otra carta y los ojos llorosos de reina destronada. Inclinó la cabeza para sonarse, exponiendo las raíces oscuras de sus cabellos. No me importó. Quise decirle que sería su rey, su cómplice, su súbdito, lo que fuera, en la dicha y en la desdicha, en la enfermedad y la pobreza, con tal de disfrutar de su presencia, pero no me atreví. La amaba y el dolor de amarla era insoportable.
    Algo leyó en mis ojos porque dijo:
    -Eres mejor que él.
    Le llevé la carta a Miguel, pero se negó a recibirla.
    -¿Qué hago entonces?
    -Lo que tú quieras, hermanito. La dejas por ahí o la devuelves.
    Decidí devolverla.
    -Acaba de irse –me dijeron los Ávila.
    Corrí a la estación.
    Juliana abordaba el bus con su equipaje a la espalda, cuando la alcancé.
    Su rostro se encendió al verme.
    -¿Qué dijo?
    El rostro se apagó cuando le entregué la carta sin abrir.
    -Ven a verme -dijo.
    Abordó el bus sin precisar el lugar y la fecha.
    No era más que una frase de cortesía.
    Volví a casa, observando que el mundo era verde, ancho y ajeno: la hierba, las montañas, los terrenos baldíos, los ojos de la niña rubia que comía un helado frente al Teatro Andrómeda. Entré a casa, atravesado por una flecha verde, le pedí a mamá unas monedas y corrí hasta el teatro. La niña aún no terminaba su helado.
    -¿Eres José Antonio?



Bogotá, 2003


lunes, 24 de enero de 2011

El niño que tragaba oscuridades


Fotografía de Virgie Pyrate

Triunfo Arciniegas
EL NIÑO QUE TRAGABA OSCURIDADES

Había una vez un niño que se tragaba la oscuridad. Por dentro sólo tenía la noche. Nunca le dolía el estómago sino la noche.    
      Por donde iba, apenas abría la boca, la oscuridad se derramaba a sus tripas y aparecía el día. Si leía un libro, las letras buscaban su boca, y las páginas quedaban blancas, como para otra historia. Por precaución, se mantenía alejado de las bibliotecas y las librerías. Tampoco entraba a las salas de cine porque desvanecía la película.
      Así como devoraba la noche, también podía vomitarla. Por épocas se intoxicaba de tanta noche y entonces vomitaba. Le salía la noche hasta por las orejas. No necesitaba tinta porque podía escribir con sus propios dedos.
      Por suerte los vómitos no eran frecuentes. Tragaba más que vomitaba. Ciertos molinos internos revolcaban y digerían la oscuridad. La licuaban, la adelgazaban, la reducían, abrían espacio para más oscuridad.
      Este niño era mejor que cualquier lámpara: no había oscuridad que se le resistiese. A su lado, la gente parecía librarse de sus temores más oscuros. Bailaban libres y ligeros. Lo invitaban a las fiestas para no prender las luces, y él permanecía mudo y casi feliz. Todo el mundo parrandeaba hasta que se quedaba dormido para soñar con las nubes. Desmigajaba el blanco algodón de las nubes para blanquear su estómago. Qué glotón era en los sueños. Nadie sabía su secreto. Tan pronto cerraba los ojos, la oscuridad caía de golpe sobre el mundo.
      En una de esas fiestas conoció a una niña blanca muy blanca que estremeció su corazón. Le confesó su amor de luz y la niña blanca muy blanca se asustó. Con el trigal de sus cabellos hizo una cola de caballo y viajó a tierras lejanas.
      El niño asistió a todas las fiestas y trató de mantenerse despierto el mayor tiempo posible porque ya no quería soñar. La gente no paraba de bailar a su alrededor y él parecía feliz mientras trataba de borrar el pozo de luz que la niña blanca muy blanca había dejado en su estómago, entre las nubes de los sueños. Los ojos, de todas maneras, se le cerraban.
      Le dijeron que la niña blanca muy blanca se había enamorado de un tragafuegos en un parque de París, y la noticia apagó por fin el pozo de luz.
      El niño cerró los ojos y sonrió.
      No volvió a despertar.
     A su alrededor todo fue oscuro para siempre.

Ilustración de Tim Burton
Triunfo Arciniegas
EL SUPERBURRO Y OTROS HÉROES